Youssef Boubekeur

«L’homme est un animal enfermé à l’extérieur de sa cage». La citation de Paul Valéry interpelle. Dérange. Elle interroge profondément la condition humaine et sa part animale ; ce que peut avoir de pesant et d’aliénant l’infinie liberté à laquelle nous aspirons pourtant. Youssef Boubekeur se joue de ces questionnements à travers son « bestiaire » : une galerie de portraits animaux transfigurés, saisis soudain dans leur humanité. A travers un regard, une expression, Youssef Boubekeur cherche à faire apparaître les troublants points de contact entre l’homme et l’animal. Le travail sur le regard est essentiel, presque obsessionnel.

L’animal exprime-t-il la tendresse, le doute, l’envie ? L’amour ? Ou est-ce l’homme qui parfois exprime la plus parfaite sauvagerie ? L’homme qui danse est-il l’expression d’une sophistication avancée et civilisée, ou au contraire celle d’une pulsion instinctive, physique et bestiale ? A travers l’exercice bourgeois du portrait, dont le genre éminemment classique se voit détourné, Youssef Boubekeur offre à ses personnages un visage unique, une sauvagerie aristocrate, explorant les rapports paradoxaux que la civilisation – voire le dandysme – entretient avec l’animalité et la violence. Instaurant un curieux face à face, Youssef Boubekeur semble tendre à celui qui contemple ses œuvres un étrange miroir. Une rencontre – un regard croisé – qui vient interroger le sentiment d’altérité et les frontières de l’humanité.

CATALOGUE DE L’EXPOSITION